7/20/2006

Episode #18

Le réveil est dur, très dur. Philol respire péniblement sur le matelas à coté de moi. Je me redresse attrape mon paquet de clopes, en sort une, l’allume et avale la première bouffée de fumé. Cette première cigarette me fait tourner la tête ce qui me rappel la sensation étrange que j’ai ressenti hier soir en le voyant, « Lui ». Il était tellement impressionnant avec son regard perçant… Ma clope finie je me relève, enfile mon pantalon et m’apprête a dégager lorsque Philol se réveil : « Tu vas où mec ?
-Chez moi, pourquoi ?
-Tu reviens plus tard, d’accord ? »
Je prends le temps de réfléchir mais vu le contexte actuel et l’apparente instabilité de mon psychisme je préfère encore passer mon temps avec ce geek hideux mais qui connaît mon mal plutôt qu’avec qui que ce soit d’autre !
« -Ouais mec, je passerais plus tard !
-Oque !
-Phil… ne dis pas « oque »
-HOKAY ! »
Le soleil est au zénith, il bourrine ma tête avec vigueur. J’essais de ne pas penser, ni à ce qui est arrivé, ni à ce qui pourrait arriver à l’avenir. Sérieusement, je serais commis d’office, par je ne sais quel divinité de merde, pour…Pour sauver le monde ? Pour en finir avec le monde ? Juste pour faire flipper tous les allumés comme Philol ? Je m’y refuse. Ce soir je n’irais pas chez Philol. Je refuse d’être impliqué dans une quelconque histoire de présence divine… Je n’ai jamais cru en rien et ça ne commencera pas aujourd’hui… Pas maintenant, et cet ange dans le ciel ne me fera pas bouger de mes positions... Un… Ange ?



PPF.

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7/04/2006

Episode #17

"il arrive pour te voir". Tout devient clair maintenant.

C'est un type grand d'une cinquantaine d'année mais qui se maintient en forme. Il dit pas un mot et s'approche de moi en me fixant droit dans les yeux... Je sais pas quoi dire mais je ne pas détourner mon regard du sien.
Ses yeux noir s'approche doucement de moi; il n'a aucune expression sur le visage. Je commence a flipper: je transpire; je tremble; j'ai le souffle coupé et je ne peux rien faire. Je m'accroche tant bien que mal a l'accoudoir et je sais très bien qu'il va se passer un truc que je ne pourrais pas empécher !!
Il se trouve a un mètre de moi maintenant, je me sens compressé, j'ai envie de me plier en deux et de disparaitre de cet endroit. Je ferme les yeux et bam je me prend un coup de latte dans la gueule
- Hey Ed !! Me fait plus de coup pareil; j'ai pas envie d'appeler le samu, hurle Philol avec une voix vacillante
- P'tain mais c'était quoi ce truc ?? C'est qui ce mec ??
- De quoi tu me parle Ed... Tu délire c'est tout !! Tu t'es écroulé, et tu tremblais comme un dingue !! J'ai cru que t'étais bon pour l'hosto... Arréte tes conneries tu m'as foutu la trouille
C'est vrai que de là ou je suis, on croirait que c'est Philol qui a l'air le plus mal en point. Je m'excuse de l'avoir fait flipper et lui dis que je m'en vais au concert...
- Non Ed, tu te barre pas dans cet état !! Tu reste ici on déplit le pieu et tu dors.
Je prends une demi seconde de reflexion, puis je trouve que Philol a raison. J'ai plus envie de sortir et son matela poisseux fera très bien l'affaire.

8-6

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5/03/2006

Episode #16

Au vue de mon fumisme exacerbé Philol, pris de je ne sais quels spasmes nerveux, se met a marmonner tout un tas de trucs incomprenhensible sur ce que je concidere etre le synopsis de Matrix. Mais à mesure que je tend l'oreil, à mesure que je me concentre sur son verbillage, je me rend compte que Néo ne s'appel plus Keanu mais Edouard et que Trinity n'est rien d'autre que la nenette bonne a mourrir qui est venu plus tot me servir son discours prophetique dans une librairie! Et la, l'idée la plus tordue et drole que je n'ai jamais eut me traverse l'esprit: Philol, le mec le moins charismatique du mone et le plus puceau qui plus est, n'est autres que Morpheus. Je suis immediatement pris d'un rire absolument incontrolable car se menlent dans ma tête non seulement l'image de Phil tout en latex mais aussi ma propre image en train de baiser le mediocre plagiat de la Sainte Trinité au paradis: le pied n'est-ce pas?
Le regarde de Philol devient percant. Visiblement il n'aime pas l'idée que cette stuation qu'il concidere comme un cas de force majeur me fasse rire. J'etouffe un dernier eclat de rire et me dresse devant lui: "mec, du calme, c'est la defonce qui me rend con!
-Ca je le sais Ed., retorque Philol, ce que je ne sais pas c'est comment t'aider a sortir d'une telle merde quand tu n'as même pas conscience quelle existe"!
Cette derniere phrase de Philol a un son de desespoir mais dans ses yeux je lis la bienveillance qu'il a à mon egare. Cela me rassurerait peut-être, si seulement cette bienveillance n'emanait pas du mec le plus faible que je connaisse.
Sans trop comprendre pourquoi ni comment, je commence à entrevoir le trou profond vers lequel mon corps se dirige, ne cessant de conforter Newton dans ses decouvertes.
Je commence a me reperdre dans mes pensées quand entre dans la piece une personne que je connais...ou presque.


PPF.

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3/15/2006

Episode #15

Cependant, Philol ne s'aperçoit pas de mon état. Il ne me regarde pas et en fait n'attendait pas de réponse, pensant déjà la connaitre. Pendant que je scrute mon reflet, ou plutot la lumière qui traine au-dessus, je ne l'écoute pas. Je n'oublie pourtant pas de tirer sur mon joint...certains scientifiques disent qu'il faut attendre 9 minutes avant de sentir les premiers effets du canabis. Moi je dis qu'ils mentent, ou qu'ils n'ont jamais vraiment compris en quoi consiste la défonce. D'ailleurs à en voir la lueur, moi non plus j'n'ai jamais compris.
Selon la morale qu'on nous a toujours édicté, se droguer, c'est mal. Très mal, c'est nous éloigner de la réalité et no plus avoir conscience de la compassion que notre monde demande, un truc de malins quoi. Pourtant, je vois bel-et-bien une auréole à 15 cm de mon crane. Et malgrés le fait que je me drogue, elle ne faiblit pas. Soit, la défonce ne m'empechera pas d'aller au paradis!
Merde! Il y a encore 5 minutes j'étais totalement athée et me voilà à croire en une vie après la mort et à voir des auréoles...Ouais ca doit etre le 'toss'. D'toute facon le mec qui m'la refou...
"Hey Eddie, tu m'écoutes ou quoi?"
-ah euh non Philol désolé, j'étais perdu dans mes reflexions, ca t'branch'rai pas d'tout r'prendre à 0 parc'qu'en fait j'ai rien capté à c'que tu viens d'dire.
-Bon...'faut vraiment qu'tu fasses un effort pour te calmer sur le shit mec, les pétards ca a jamais réussi à personne, suffit d'me voir! J'suis en pleine bourre!
-Tu m'en diras tant...Bon allé accouche! c'est quoi ton trip, là!
-Donc j't'expliquais qu'en fur'tant sur 2-3 sites et en f'sant quelques contacts on découvrait des technique que même le héros d'Opération Espadon ne maitrise pas! Par exemple...
-Putain mais Philol j'm'en fout quoi! Abrège! J't'assure que si tu m'fais louper un concert d'hexazone pour me parler d'ton PC, j'fous un coup d'latte dedans que meme toi tu pourras plus l'réparer!
-Bon oké, pour faire simple, j'ai hacké le site de la DGSE.
-Euh la DGSE? c'est quoi? Une super-équipe de tes jeux à la con?
-Mais nan du-gland! La DGSE! La vraie! Et j'ai vu des infos de ouf! Ils ont choppé des infos hallucinantes sur une espece de secte chelou qui attendrait le retour de Dieu!
-Euh Philol, tu sais des sectes qui attendent le retour de Dieu, d'son fils, d'son messager y en a une foutue masse, la premiere religion d'France tu...
-Nan, nan, nan! Aucun rapport, ils ont annoncé la date! Enfin approximativ'ment quoi...ca devrait s'passer au cours de la semaine qui vient.
-Euh ouais c'est cool, mais comme j'te l'ai dit j'en ai rien à s'couer!
bast'

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3/06/2006

Episode #14

« Merde ! T’es de plus en plus taré Philol . Qu’est-ce qu’y t’arrive encore ?
- Deux secondes, je prends mon Bounty et on va chez moi que j’t’explique ca.
Un frisson me parcourt l’échine : aller chez Philol ! Pfff et puis pourquoi pas ?
De toute façon si quelque chose avait du bien se passer aujourd’hui je m’en serais rendu compte.
-C’est bon suis moi ! »
Je le suis sans rechigner. Son air préoccupé ne me dit rien qui vaille, je le prends donc assez au sérieux pour accepter de me rendre dans son terrier.
D’ailleurs, par chance, Philol habite à tout juste cinq minutes de marche de cette lugubre et morne gare.

Nous arrivons donc devant une petite maison de centre-ville type classe moyenne. Je suis Philol à travers la maison de ses parents, je salut sa mère qui regarde la télé, et je fini par arriver dans la chambre de Philol. Une odeur pestilentielle me prend au nez. Un mélange d’encens et de tabac froid mêlé à de la pizza froide et de la poussière stagnante. Dehors il fait encore jour et quelques rayons filtrent à travers les stores et éclairent un poster géant représentant le world trade center en flamme. D’ailleurs les murs sont recouverts de posters évoquant Star Wars, groupes de métal, armes et glorifications du terrorisme en tous genres. Le sol est terrifiant : vêtements en vrac, ordures ménagères et des dizaines de feuilles volantes recouvertes d’équations et de lignes de codes que Philol note suivant son inspiration pendant ses cours à la Fac et qui rendent quasiment impraticable le sol de la pièce. Un lit bas aux draps tachés traîne dans un coin de la pièce tandis qu’à son centre, éclairé par la lueur du vivarium des trois tortues de Philol : les deux bureaux de Philol, sur lesquels trônent fièrement les ordinateurs et les écrans qui vont avec, chacun étant en fonctionnement depuis probablement des semaines.
Entre les écrans, les claviers, et autres accessoires, un monceau de papiers, de disques, de canettes vides, de livres d’informatique et de boites de pizza, constitue une conclusion grandiose à l’observation du bordel ambiant.

Philol contrairement à moi ne s’attarde pas sur l’ambiance malsaine de la pièce et fonce s’asseoir devant son pc. Pour ma part je m’installe dans un fauteuil près du lit et entreprend de rouler un joint. Il me faudra bien ça pour supporter l’odeur et l’atmosphère de la pièce.
Dans le fond j’aime plutôt bien Philol, un personnage atypique et tellement exagéré, malgré sa crasse et sa santé mentale plus que douteuse, ne peut attirer que la sympathie.
Bien évidement il est hors de question de lui faire sentir : je doit maintenir entre lui et moi une certaine distance, sans laquelle j’aurais trop peur de plonger dans ses délires.

Alors que je venais tout juste de finir de rouler mon joint, je finis par briser le silence :
« Bon, alors qu’est-ce que t’avais de si important à me dire ? »

Je tire une première bouffée et déjà les volutes de fumée envahissent mon cerveau. Philol se retourne alors, me regarde droit dans les yeux et me dit le plus sérieusement du monde :
« Edd, tu crois en dieu ?»
J’aurais du éclater de rire mais mon attention est capté par le miroir posé a même le sol en face moi dans lequel il m’a alors semblé apercevoir une fugace lueur au dessus de ma tête.



K.

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3/02/2006

Episode #13

Je la suit des yeux, elle roule, d’abord en une ligne droite, comme sur un rail, puis commence à opter pour une direction qui ne semble pas etre celle qu’elle souhaitait, change à nouveau de direction, commence à basculer, et s’écroule enfin en tournoyant quelques secondes. Je distingue alors une forme immobile à ce que j’estime être quelques millimètres de ma foutu pièce. Cette forme, après 3 bonnes secondes de reflexion, semble bien être une chaussure. Une chaussure moche. Usée jusqu’à la corde. Pour tout dire il ne s’agit pas d’une chaussure mais d’une basket, si j’étais à cheval sur la mode je vous dirai qu’il s’agit de nike air dernier cri en 1999. Mais je ne l’suis pas. Rien qu’à ces chaussures je sais qui je vais voir en relevant la tete. Le jean taché de ketchup et de traces de graisses ne fait qu’affirmer mon pénible pressentiment. Enfin le T-shirt jaune tout aussi sale, si c’n’est plus du fait de la transpiration (mon dieu, ces auréoles !), marqué d’un slogan qui me semble totalement dépourvu de sens « aprilorg GNU tendance libre », avec une tete de gnou comme blason ne font aucun doute quand à l'identité du type en face de moi, Philol ! Enfin je le regarde.


Il n’y a aucun doute à avoir sur sa beauté. Elle est inexistante. Enfin, si, peut-etre, c’n’est bien sur qu’un point de vue totalement subjectif, mais pour l’apprécier pleinement il faudrait trouver agréable aussi les pustules acnéiques d’une garçon de 15 ans qui connaît une grave crise d’hormone. Bien entendu philol n’a plus 15 ans, jamais ses parents ne l’aurait laissé dans un tel état sans lui hurler dessus, non. Philol a 23 ans. Pour en revenir à ce que j’en vois à l’instant présent, il a l’air troublé, presque vif. Bien entendu pas autant que quand il tue du « sale fasciste de GIGN » dans Counter-Strike, ni même que quand il « tatanne c’te putain d’brute de Zangieff » dans Street Fighter III ex alpha 2, mais son œil est pour une fois vif et il semble soucieux. Ceci se traduit par une stature beaucoup plus alerte, ses épaules sont redressées (du moins autant que sa scoliose le lui permet), et il regarde aux alentours avec une expression de bete traquée. Evidemment l’effet est un peu flingué du fait de ses lunettes à triple foyer qui triplent la taille de ses yeux. Il faut dire qu’à passer 15H de ses journées devant son PC linuxé, Philol a quelque peu perdu de son acuité visuelle.


D’ailleurs je me rends compte qu’il ne m’a toujours pas vu. Je pense qu’il attend que je dégage du distributeur, ayant pour mission, d'acheter le plus vite possible de quoi nourrir son corps des plus frêle afin de s'en retourner à sa tanière. Les affaires de Philol marchent moyennement depuis quelques temps m'a-t-on dit. Il les aurait plutot laissé en plan occupé par dieu-seul-sait-quoi. Ma mission à moi, pour le coup, va etre de récupérer ma pièce le plus naturell'ment du monde en ayant l'air de ne pas le remarquer et ce le plus naturel'ment du monde aussi. N'ayant pas les capacité d'un Solid Snake et ne disposant pas de la cape d'Invisibilité de cet abruti de Potter mon objectif était d'ores et déjà perdu d'avance (si y a une faute à d'ores et déjà dites le moi dans les com's). Je franchis le bon metre que la connasse de pièce a parcouru en braquant mon regard sur elle comme si Philol n'existait pas, me baisse, la saisis, me relève en me retournant - exercice hautement perrilleux s'il en est, effectue à nouveau le metre manquant pour atteindre le distributeur, execute le code 44b pour obtenir des madeleines, attend le plus patiemment possible que les mandibules qui la tiennent, se décident à la lacher. Ca devient irritant...Putain d'merde mais tombez espece de madeleine de merde! Plus je met du temps à récupérer mon bien plus Philol a de chance de me reconnaitre! Les mandibules ne bougent plus. Exaspéré, au bord du desespoir devant cette journée où vraiment il ne m'arrive que des crasses, je tappe comme une brute dans la face du distributeur automatique. Cette secousse qui l'a à peine fait vibrer, me permet enfin de récupérer mes madeleines et d'entamer un départ...Je fais 3 pas : « Eddi ! » Et puis merde ! 'doit y avoir une bondieus'rie qui m'en veut aujourd'hui! « Hein ? Ah ! tiens ! Philol ! j’t’avais pas vu, comment ca va ?

-Parle pas d’moi aussi fort t’es dingue ou quoi ? Tu veux mourir en gardant comme ultime image ma face de rat ? »

bast'

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Episode #12

L’odeur. C’est l’odeur des gens qui me pousse à fuir, toujours et encore. Cette odeur. Je m’arrache donc sans dire merde du joli pavillon blanc, écoutant le cliquetis bruyant et irritant des graviers de la longue allée séparant la porte d’entrée du portail en fer forgé qui crissent sous ma semelle, enfin un bruit qui me plait, enfin du bruit, du bon bruit. Je suis un zonard, et j’en suis conscient. Je me résignais donc à bouger mon cul en concert pour voir ce groupe qui me plait tant, histoire de me faire sauter les tympans et la cervelle en la noyant sous deux bons litres de bière.

Nico, cette enflure, m’a tiré de mon chemin pour me faire atterrir à une demie heure de marche de la gare. Comme un con je n’y avais pas fais gaffe, la tchatche s’étant imposée entre nous deux, je perdit toute notion de temps durant le trajet, le oinj’ d’avant aidant sûrement un peu aussi. Dans ce quartier chic ou résident gens de bonne éducation, comme je le suis un peu malgré moi, l’odeur de vide a remplacé les pestilentielles mais rassurantes effluves de vieille huile de friture du mac’do de la gare, mêlée au dioxyde de carbone et au parfum exécrable des gens, des personnes, de la masse populaire. De cela plus rien il ne reste, et je trouvait presque cela dommage que « ces gens là » ne puissent pas profiter du subtile parfum aérien du kebab-frite-première-clope, lorsqu’ils iraient à pied ou en vélo à l’usine où il travailleraient. Non, eux n’ont que le cuir de leur voiture personnelle et le gazon fraîchement tondu non pas par eux, mais par leur jardinier, qu’ils payent aussi pour tailler les haies, qui sentent si bon elles aussi, mais qu’on oublie de humer parce que ça fait con de renifler les arbres et que dans le fond, on s’en fout complètement qu’un arbre sente bon ou pas, puisqu’on a même oublier qu’il existe. Ils appellent ça « la force de l’habitude ». Hé ben, la gueule de l’habitude…j’en sais un rayon, moi aussi j’habite ce genre de baraque.

Tous ces souvenirs olfactifs me refoutent des lancées à l’estomac, qui hurle maintenant au désespoir avec un mégaphone. Je graille donc les fonds de mes poches, j’y trouve en tout et pour tout cinq zorros et des poussières. Puisque je fais des études de mathématiques, il ne faut guère de temps pour comprendre qu’il me reste deux pièces pour croûter un morceau, l’entrée du concert s’élevant à la modique somme de trois boutons. Je marche encore. Je marche toujours. Je retrouve peu à peu les infrastructures de la ville vivante, celle ou l’on croise des gens, méprisables ou non, clochards ou pas. Dieu bénisse le jour ou l’homme inventa les distributeurs automatiques. Cette grande boite métallique avec de la bouffe dedans, que seuls les gens riches de tant d’argent peuvent s’accaparer. Encore une fois, la nature est bien faite, puisque je suis moi-même un de ceux-là. J’approche toujours plus de cette gigantesque armoire à mangeaille vitrée, encore quelques pas, un, deux, trois…ça y est enfin. Les réverbères s’allument. Ma pièce tombe de ma poche et s’en va rouler où elle ne dois pas.

Bar-Jakk

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2/28/2006

Episode #11

"-Je peux te parler où tu vas encore me sauter a la gorge?"
J'espere, sans le dissimuler, qu'elle ne va pas vraiment me sauter à la gorge.
"-Putain Ed, tu fais chier..."
J'ai au moins eviter l'accrochage physique. Je ne me trouve absolment pas beau, mais je n'aurais pas voulu pour autant qu'elle m'arrache la moitié du visage.
Je la regarde rouler son joint. Elle possede une beauté bien particuliere; les traits de son visage sont plutot disgracieux puisque trés epais, mais une etrange harmonie se degage malgré tout de son visage. Je la fixe lourdement, cela deviendrait-il une habitude?
"-Qu'est ce t'as Ed merde, ca t'as pas suffit de m'repousser, faut aussi que tu sois condescendant?"
Je m'eloigne d'elle. Ce n'est pas qu'elle n'est pas belle, ce n'est pas qu'elle ne me plait pas...C'est qu'elle me fait peur. Tout chez elle est tellement bien.
Nico s'approche:
"-T'inquiete mec, elle la joue fine, mais elle en mene pas large cette garce."
Faux. Elle ne la joue pas fine, elle m'a montré ouvertement sa tristesse. Et encore Faux, Daohné n'est pas une garce. Et Faux toujours, je m'inquiete.
Je me tourne vers tous mes amis, specialement vers Daphné Et:
"Je...Je...", prend un grand souffle,"Je me barre d'ici".
Desolée, mais j'ai changé d'avis. L'idée de passer ma soirée avec ces cons me deplait.



PPF.

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2/23/2006

Episode #10

" Venir où ?
- bah chez Elsa ! J’y vais la.
L’idée de passer la soirée entouré de mes potes ne me déplait pas.
- y aura qui ?
- Bob et daphné sont déjà las bas.
- Bon allez ok. "
Je fait donc demi tour et suis Nico sur le chemin qui nous mènera à bon port.

Nous arrivons vite devant un pavillon plus que respectable dont le blanc immaculé des murs et la belle grille noire en fer forgé me ramène encor et toujours à ma condition de petit bourgeois blasé. Et voila que je me met encor à dramatiser, et je ne suis même pas encor a l’intérieur !
Nico porte son doigt sur le bouton de la sonnette et nous attendons. J’en profite pour examiner Nico : un bon mètre quatre-vingt dix, cent dix kilo, le cheveux court et le nez écrasé, Nico me fait pensé a une caricature, surtout avec son éternel maillot de rugby plein de trous qu’il n’a pas du enlever depuis un ans ou deux et que ses parents rêvent de foutre a la benne des qu’il aura le dos tourné.
Je repense a ce que m’a dit la fille de cet après midi. Et si c’était lui le « IL »
Nan, si Nico avait dans ses connaissances la fille de tout à l’heure, je le saurais quand même !
Soudain la porte de la maison s’ouvre et laisse passer Elsa qui vient nous ouvrir la grille.
"Ha bah t’est la toi ? Avec tes conneries de refuser d’avoir un portable, impossible de te joindre ! T’a pas vu les messages sur le répondeur de chez toi ?"
je réalise que je n’ai pas pensé une seule seconde a jeter un coup d’oeil a ces messages.
ET MERDE ! Ça veut dire que mes parents savent où je suis ! Aucuns risques pour qu’ils viennent me chercher ici, mais quand même, ce manque de discrétion me chagrine.
- Bah ! De toute façon maintenant je suis la.
- T’a raison, allez entrez. »

J’arrive donc sous bonne escorte dans le salon d’Elsa. L’air est déjà vicié par la fumé et la table basse du salon est jonché de bouteilles, de boîtiers de CDs, de miettes de tabac, de paquets de feuilles, de clopes etc. Bob et daphné sont avachit dans le canapé et les enceintes de la chaîne hi-fi du père d’Elsa crachent les tubes usés jusqu'à la corde de bob marley. Cette enflure de bob a encor fait sa loi ! Décidemment quel con je fais, dans ma fuite de chez moi, je n’ai pas pensé a embarqué mes CDs ! La discothèque d’Elsa constitue donc mon seul espoir.
Je m’avance tout de même pour saluer les deux loques du canapé.
Bob se lève et viens vers moi en me tendant la main, souriant de toutes ces dents jaunes.
Bien évidement bob n’est pas sont vrai prénoms, sur sa carte d’identité est écrit "Jean-François Rose" mais depuis qu’il s’est mis a se prendre pour un rasta, il s’est mis a vouloir qu’on l’appel bob, puis on a pris l’habitude. Je réalise qu’il se tien devant moi depuis au moins cinq secondes, toujours a me tendre sa main en souriant bêtement et que les trois autres nous regardent hilares. Je m’empresse donc de serrer la pogne de Bob, tout en félicitant mon père de m’avoir refiler son chromome Y, sans quoi, la tradition aurais voulu que je lui fasse la bise, et le contacte avec ses locks puantes m’aurais fait vomir le peu de chose que mon estomac contienne encor. Puis je m’approche de daphné.

K.

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2/22/2006

Episode #09

Me voici donc en chemin. Pour me mettre dans l'ambiance je trimballe mon baladeur qui diffuse Hexazone. Y a pas à chier, c’est un groupe vach’ment sympa...sauf que le concert est de l'autre coté d'Paname, et c'est long. Et j'reviens d'Paris. Qui plus est j'risque de galérer comme un guedin pour r'tourner chez moi. J'me tate...J'y vais? J'y vais pas? En attendant je continue à marcher vers la gare. A croire qu'une puissante force gravitationnelle me tracte vers ce putain d'train.

Bon d'toute façon j'préfére galérer sur Paname que d'voir la face de fouine de ma soeur et l'entendre couiner à mes parents que sa leçon d'piano s'est "hyper bien passé!" et qu'son prof de piano est "hyper canon!" qu'elle va avoir une "hyper bonne note" à son controle de maths et que vraiment il lui faut les nouvelles bottines Chanel sans quoi elle recommenc'ra à s'refaire vomir et mes parents ils s'ront "hyper culpabilisés!". C'n'est pas pour autant que je plains mes parents.

Leur présence (de manière plus exacerbée encore quand j'suis stone) me rend nerveux, leurs paroles m'irritent, leur réussite sociale me dégoute et leur bonheur me rend nauséeux. Quite à finir dans le meme état, autant passer la soirée loin d'eux, proche de ceux qui m'inspirent une autre forme de réussite...plus en lien avec mes convictions.

Je suis donc toujours attiré par ce putain de truc qui se situe vers la gare, et je m'en approche quand j'aperçois Nico. Nico c'est un peu une assurance-vie vous voyez...c'est le systeme que j'utilis'rai volontiers pour avoir neuf vies. C'est La Chose, en plus fort et en plus laid. A voir comme ca, il ferait presque de la peine, il continue de s'approcher lentement, mon lien gravitationnel avec ce qui me semble etre la gare s'accélère, ses épaules sont voutées, la tête baissée et rentrée, les mains dans les poches et la démarche trainante, ses 110 kilos semblent pour lui un fardaud des plus inhumains, ce que j'interprète comme un signal s'accentue encore. Enfin on se croise, enfin il jette un coup d'oeil aux alentours et enfin il me voit, je ne suis plus attiré mais mes oreilles sifflent. Un sourire lent traverse ses yeux déjà rouge fluo, je lui tend la main: "Salut Nico, t'as l'air frais dis-moi!" Il l'attrape, mon cerveau me dit que 100000Kw me traverse de part en part: "Salut, Eddie! Ouais j'crois qu'la beuh d'Elsa défouraille plus que prévu...Tu veux v'nir?" Il ne m'a toujours pas laché la main...le signal a cessé, j'ai le crane en miette.

bast'

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Episode #08

Le problème avec les hommes, c'est la faculté qu'on a d'empiler des désirs; de repenser aux passantes d'un soir qu'on a pas su retenir. Et ça le vieux barbus qui fume la pipe il l'a mieux dit que moi dans sa chanson; les passantes. Elle est triste a pleurer !! Mais comme on l'a dèja souligné, je peux pas pleurer puisque j'ai une bite.
On reste pourtant comme des cons, les yeux fixés au plafond en se flinguant l'esprit a détruire notre estime personnelle et a regretter des tas de trucs, alors qu'on a seulement 20 ans.

Le volet de la cuisine claque et ça me file un sacré coup de fouet !! J'ai la dale et il faut que je mange. Ne serait ce que pour avoir l'air moins fraca devant mes parents qui vont pas tarder à rentrer du boulot.
Je met un album des Sheriff pleine boure; j'enclenche le turbo et ça y'est je suis prés a enfermer ce foutu salami entre ces deux foutus tranches de pain de mie. Je me prépare a l'idée de mastiquer ce truc dégueu et je suis bien (faut dire que je ne pense qu'à ça). Mais c'est ce moment que ma petite soeur (de 15 balais) choisit pour rentrer (en vitesse x2) et me prendre la tête...
-T'as l'air trop fracas... Que va dire maman ?... T'as oublié de faire les courses...
Putain de merde !! Il faut que je me casse d'ici. Je peux plus l'entendre !!
Le sandwich en sureté, je me dirige vers la sortie et je dis a ma soeur que je serais pas là ce soir. Qui sait; peut être que je vais encore croiser cette gonzesse ou au pire je trouverais sûrement des compagnons de cuites. En plus ce soir y'a Hexazone en concert. C'est un groupe de punk minimaliste inspiré pas mal par les bérus et ça me changera peut être les idées.

8-6

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Episode #07

Debussy, oeuvre pour piano, la nocturne. Une douce pleinitude se diffuse de mon encephale jusque dans tous mes membres. Rien n'est plus appreciable que de se retrouver chez soi, dans son salon, les fesses sur le canapé et les pieds sur la table.
Ma maison est grande, trés grande, trop grande. Mes parents sont des bourgeois, je suis un bourgeois et bien que cela semble inexpliquable, je deteste la bourgeoisie. En fait, si, ca s'explique. Je hais ces diners entre gens riches, je deteste la maniere condescendante dont mes amis s'adressent à ceux qui ne vivent pas dans 900metre carré habitable, et j'execre par dessus tout cette maniere qu'a la jeunesse dorée d'etre faussement cynique et desabusé.
Mon dos me fait mal, cette escapade parisienne ma vraiment ruiné. Et cette fille... Sa taille fine, ces yeux hypnotiques, sa voix suave et son parfum... Son parfum.
La musique entraine mes pensées dans des spheres lointaines. Et l'image de cette mysterieuse inconnue me hante, sans parler de cette phrase. Qui est "il"? Que me veut "il"?
Malgré le fait que je pourrais courir, à l'heure qu'il est, un quelconque danger, mon imagination ne peut s'empecher de faire defiler des images de cette fille et moi dans des situations et des positions diverses et variées. Je suis un porc. Non, en fait je ne suis qu'un homme.

PPF.

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interlude

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2/21/2006

Episode #06

Bon sang c’est dingue ! Qu’ont donc les gens à me fixer comme ça aujourd’hui ?

Ca a commencé avec le monde entier dans la ruelle, puis ce clochard tout à l’heure et maintenant voilà la fée qui s’y met…J’ai peur de rougir. Vite ! Je doit dire quelque chose, mais quoi ? A l’heure qu’il est j’ai le choix entre avoir l’air d’un abruti (si ce n’est pas déjà le cas), avoir l’air de la draguer, avoir l’air d’un enfoiré…un choix cornélien en somme…Je cogite une fraction de seconde qui semble interminable pour finalement lui lancer un pathétique : « ouais ? »

Elle se penche vers moi et me susurre laconiquement a l’oreille « il arrive pour te voir … »

Puis elle s’enfuit sans me laisser le temps de lui demander qui.

Mon cerveau se met alors a bouillonner : de qui parlait elle ?

Son copain ? Bordel je doit me casser ! Je ferme le bouquin, et me précipite vers la caisse.

J’enfonce ma casquette arrivé au guichet. Ce type ne m’a jamais vu, pourquoi ai-je peur qu’on me reconnaisse ? Ca doit me rassurer. Je paye en toute hâte et cours vers la rue.

Et là où je m’attendais à un grand bol d’air je suis aussitôt écrasé par le soleil au meilleur de sa forme. C’est insensé des chaleurs pareilles ! Même en juillet ! Je profite malgré tout de cette sortie précipitée pour me griller une cigarette salvatrice et laisser mon esprit se calmer. Puis je réalise : pourquoi ai-je eu peur de ce type ? Et qui était-il? Son copain ?

Je ne vois pas pourquoi elle m’aurait prévenue de son arrivée ? Et pourquoi aurait-il tenu à me voir ? Mon cerveau s’emballe de nouveau. Bordel, mon scénario improvisé était aussi probable qu’une attaque de sauterelles. Qu’avait elle voulut me dire ? Bon c’est pas tout ça mais on m’attend à trente bornes d’ici …


K.

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2/20/2006

Episode #05

Je me releve avec peine et la vue de ce sdf a remplacé mon envie de remplir mon estomac par l'envie de le vider. Je me balade, le regard vide et me dirige vers l'entrée de cette grande librairie.
A l'interieur, une infinité de livre s'etend sur de grandes etageres en vieux bois. Je cherche. Je ne comprends rien à ce rangement, je suis peut etre trop defoncé. Le voila! La bible, Ma bible! J'entreprend d'attraper ce chef d'oeuvre de litterature contemporaine, mais il est trop haut. Je l'atteind, tombe à terre et le livre avec moi. Je decide de rester assis là et de commencer a lire.

Je viens de finir le premier chapitre et je me fais violence pour me lever. Je releve la tête. Elle ne percute rien et pourtant je subit un violent choque. La fille qui zigzaguait plus tot devant mes yeux, me regarde fixement. Depuis combien de temps? Je ne l'avais pas remarqué. Des pensées invraisemblables me viennent à l'esprit: me suis-je curé le nez? Ais-je fait des bruits etranges? Poussé des grognements? Suis-je en train de l'empecher d'acceder aux livres? J'ai peur.
La jeune fille me regarde et je pense à Baudelaire, cette "jeune fille, ce qu'elle est en réalité. Une petite sotte et une petite salope; la plus grande imbécillité unie à la plus grande dépravation". Malgré cette association d'idée peu flatteuse, je la trouve belle et sa vulgarité lui donne quelque chose d'attendrissant.
Comme le clochard, elle me regarde, me fixe, me penetre. Mais à cause de ses yeux, mes membres sont paralysés.



PPF.

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2/19/2006

Episode #04

Plus faim. Plus soif. Plus peur.Le clochard qui sourit. Et la créature qui zigzage entre les pieds des passants. Elle rampe presque... je la vois ... J'ai l'impression que tout le monde la voit... Mais en fait... je crois que non... à part moi personne ne la voit... Si , quelqu'un d'autre, le clochard ! Lui aussi il l'a vu, et il a sourit. J'me sens moins seul d'un coup, ça rassure, beaucoup !
Je reviens au monde, je détache mon regard de la créature, je lève mes yeux et vois le visage morne de tout ces passants... inutiles, désagréable rien qu'à les regarder, je les hais tous. Mon regard ne peut supporter plus longtemps ce spectacle de la décrépitude humaine. Je m'assois par terre, en face du clochard. Je le fixe et en 1 seconde il s'en aperçoit, lève la tête et regarde le blanc de mes yeux. Son regard est profond, il me transperce, j'ai du mal à ne pas fuir. J'ai l'impression qu'il scrute mon cerveau.
Je prends sur moi et commence moi aussi à tenter de prénétrer en lui mais impossible. Une impression affreuse : le blanc de ses yeux rougit au fur et à mesure qu'il m'observe.Il s'arrête, me regarde (le visage cette fois):
" Merci, mon garçon !"
Je reste un peu incrédule face à cette phrase qui pour moi n'a aucun sens. Il se lève remballe son barda et part souriant et serein. Je reste seul face à un mur. Je ne comprends rien, mais ça n'est peut-être pas si grave aprés tout...


lud'

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2/17/2006

Episode #03

Puis soudain je sens que les regards ne sont plus tournés vers les vitrines mais sur moi. Les yeux sont plissés, non pas du fait de la luminosité qui en cette ruelle totalement assombrie est tout à fait supportable- une chance en ce torride mois de juin-, ni même d'une pluie inexistante. Non, il semblerait que ces fascistes voient dans mes yeux le crime que je suis en train de commettre. Ils sont de mauvaise humeur, aigris et indifférents aux clochards qui mendient sous leur nez, et ca, je peux le voir dans leurs yeux. Je continue à inhaler mon sympathique poison. J'ai toujours aussi chaud...je dois paraitre encore plus fonc'dé que j'le suis déjà, rouge comme je suis.

Les regards, toujours aussi hostiles, m'obligent à ne plus regarder les passants. Le ciel étant d'un bleu uniforme, le trottoir tout aussi monotone, et l'horizon bouché par ces connards, je suis dans l'obligation de scruter les façades. Et les façades ici elles sont commerciales, très commerciales. Vous auriez le canapé le plus chic-et-snob de sa génération que vous vous sentiriez obligés d'en acheter un autre avec le fauteuil et la table basse qui l'accompagne, parc'que l'autre jure un peu avec votre papier peint et que refaire le papier peint c'est beaucoup plus chiant que d'ach'ter un canapé. Pas vrai?

Suite à cette crise consumériste je subit un terrible assaut venant de ce qu'il me semble être mon estomac. Il se contorsionne,se tord, se noue, se rue le plus fort possible contre mes cotes en émettant des sons tout à fait monstrueux. Il ne gargouille pas, non. Il a cessé de gémir, de braire. Il se révolte, il crie famine, n'a pas apprécié les 5 repas consécutifs que je lui ai fait sauté. D'autant que j'n'ai rien bu depuis hier soir. Sa mutinerie n'en est que plus soutenue. Et il me le fait savoir! je manque même de lacher mon joint. De toute façon c'est l'cul d'la viock', une dernière latte dans la souffrance et me voilà totalement défoncé...mais aussi bien moins suspect!

Je pense avoir les yeux plissés, en tout cas c'est ce qu'ils me font savoir. Ils piquent. Je cesse de regarder les vitrines, les gens et les choses à l'intérieur ne m'apprécient pas plus que les passants qui n'ont meme pas remarqué la peine avec laquelle je traine mon estomac qui stationne devant le kebab Bosphore! Ces passants ont par ailleurs cessé de me regarder, trop occupés à penser à la lettre à la comission qu'ils doivent envoyer demain, ou à se demander si vraiment il ne serait pas temps de changer de meuble télé, celui-ci faisant vraiment vieillot sous l'écran plat Hitachi 82cm/123...

Soudain leurs pensées, comme les miennes, s'interrompent. Une créature est sur le trottoir! Tout le monde la voit, et on ne peut guère faire comme si elle n'y était pas. Les regards la suivent, la traquent, la frôlent, l'attrapent et la mordent. Mais elle n'y prête guère attention, trop habituée semble-t-il à de telles réactions qui viennent, on ne peut guère le croire, de ses congénères. Si elle est indifférente aux regards des passants elle gratifie d'un sourire généreux le clochard qui n'en demandait pas tant, tant la vue de la créature rend tout besoin superficiel. Je n'ai plus faim, mes yeux me nourrissent des siens.

bast'

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2/15/2006

Episode #02

Mais je finis malgré tout par apercevoir la lumière au bout du couloir.
Je grimpe les escaliers et me voilà plongé au milieu d’un tumulte identique à celui du monde souterrain que je viens d’explorer. L’atmosphère me prend immédiatement à la gorge.

J’entreprends alors de me fondre dans la masse de la population arpentant les petites rues du quartier. Non pas que j’aime me fondre dans la masse, mais par sécurité. Je plonge ma main dans la poche intérieur gauche de ma veste et la ressort chargée d’un paquet de Marlboro 100’s dont l’âge est facilement deduisible au degrés d’usure de ses coins et j’en sort avec précaution un joint roulé par mes soins quelques heures auparavant. Le dernier remonte au déjeuner et mon cerveau en est au stade ou des coups de perceuses le ferai moins souffrir.

Je ne doit pas m’endormir et encore moins continuer de fantasmer sur ce mur placardé de publicité par lequel mon front semble attiré irrémédiablement. non, je ne doit pas m’endormir et encore moins céder au désir de me frapper le crâne contre ce mur. Attirer l’attention des forces de l’ordre n’étant jamais une bonne chose et encore moins lorsque on tien un joint dans la mains.

D’ailleurs le moindre contrôle d’identité aboutirai à la découverte des 10gr d’herbe que j’ai dans la poche arrière gauche de mon pantalon. Ce qui conduirai dans le meilleur des cas à la confiscation pure et simple du produit , et dans le pire et malheureusement le plus probable , à la garde à vue , puis à dieu sait quelle peine , qu’elle soit financière ou reclusive , qui chagrinerai tant mes parents. Mais je pense. Je pense et le joint que je tiens dans la main n’est toujours pas allumé, ce que j’entreprend immédiatement.

On pourrais penser que les foules sont peut propice a ce genre d’activité, foutaise !
Au beau milieu de la foule, je suis indétectable, et si des flics me prenaient en chasse je n’aurais aucune difficultés a les semer. J’allume, j’inhale, je souffle , et continue comme ça , ne cessant pas de serpenter entre les passant qui scrutent les vitrines ou admire la qualité de l’architecture du quartier latin.

K.

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Episode #01

Les banquettes oranges de ce train de banlieue collent à mes bras nus et l’atmosphère gluante et chaude entreprend visiblement de m’étouffer. Malgré l’air libéré par la petite ouverture à coté de moi, je rougis et transpire.

Je me sens comme bloqué dans un roman d’Ellis ; Paris, à cette époque de l’année, doit ressembler à la Californie, en tout cas c’est comme ça que je l’imagine : Belle, étouffante…planante.
Plus je me concentre sur ce paysage gris et morne et plus je me demande pourquoi. Pourquoi suis-je coincé ici, dans ce néant stupide ?

Le train s’arrête, c’est le terminus, tout le monde descend. Je me sens tellement petit et faible sous les grandes armatures en métal qui soutiennent cette gare. Elle a l’air d’une énorme verrière, et mon état végétatif me conforte dans mon idée.

C’est ici que tout se complique : quelle ligne de métro devrais-je prendre ? Quelle direction suivre ? Dans quel gouffre s’engloutir ? L’histoire de ma vie.
J’emprunte l’escalier qui mène sur le quai de la 4e ligne. Je vais dans une librairie. Je vais acheter des livres.

Me voila assis, au milieu de toutes ces personnes. Sous leurs bouches closes, sous leurs yeux somnolents, sous les jupes des femmes, sous les perruques des vieux, je vois une vision prophétique du mur vers lequel je fonce sans vraiment y penser.

St Michel. Je descends enfin. Je ne cours pas vers la sortie, je ne veux surtout pas que quelqu’un pense que je fuis. Et puis que fuirais-je ? Les autres, sûrement, ou peut-être juste moi. Est-ce sain de se poser sans cesse des questions rhétoriques ? Probablement pas.

PPF

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